06/05/2013

AGS - Le contrôle du renseignement français : une mission impossible ?

Les services de renseignement sont méconnus des Français, et font souvent l’objet d’une publicité négative prenant la forme de rumeurs et de scandales, signes de potentiels dysfonctionnements. Relayée par un excellent cinéma parodique (Les Barbouzes, Le Grand Blond, Opération Corned Beef), cette méconnaissance des services par le public peut être reliée aux relations complexes qui existent entre la communauté du renseignement et les institutions de la République. Nombre des représentants de la nation et de hauts fonctionnaires sont ainsi parfaitement ignorants du fonctionnement et des missions des différents services nationaux, tandis que la législation succincte en vigueur apparaît aujourd’hui comme imparfaite.



Les dix dernières années ont vu se succéder plusieurs initiatives pour réformer l’encadrement du renseignement en France, telles que la création d’une délégation parlementaire au renseignement, sans pour autant remédier à ses lacunes. Alors que travaille encore la commission d’enquête parlementaire sur le fonctionnement des services de renseignement, initiée en juillet 2012, Zone d'Intérêt émet quelques réflexions sur le sujet, dans un article co-écrit avec Abou Djaffar (ancien des services et blogueur d'AGS) et publié sur le site d'Alliance Géostratégique.

Sur AGS : Le contrôle du renseignement français : une mission impossible ?

06/04/2013

Quand la DCRI dérape sur Wikipedia

Un administrateur du site participatif Wikipedia aurait été convoqué par la DCRI et contraint à supprimer une page de contenu sur une installation militaire française, un événement qui illustre les méthodes parfois contre-productives de la DCRI concernant le web et ses usages.



Après avoir contacté en mars la Wikimedia Foundation qui gère et finance la célèbre encyclopédie collaborative Wikipedia, la DCRI aurait convoqué début avril un contributeur de Wikipédia au sujet d'une page du site détaillant les caractéristiques d'un site militaire français. Au cours de l'entretien, le bénévole de Wikipédia aurait reçu l'ordre de supprimer la page Wikipedia concernée, sous peine d'être placé en garde à vue, ce à quoi il se serait plié.

Cette page dédiée à la station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute est en ligne depuis 2009 sur le site Wikipedia et constitue un article intéressant sur cette installation militaire à usage mixte, puisque ce site accueille à la fois des émetteurs de l'armée de l'Air, un relais de télévision et un radar de DGAC. La station de Pierre-sur-Haute, implantée dans le beau massif des Monts du Forez, constitue un relai de télécommunications stratégique pour l'armée de l'Air et le ministère de la Défense, avec des installations sécurisées et autonomes en énergie. Ces caractéristiques d'autonomie et de protection aux menaces NRBC en font un hub stratégique pour les télécommunications de Défense dans le quart sud-est de la France. Toutefois, il faut noter que cette station s'intègre dans un réseau d'autres émetteurs de forte puissance présents dans la région.

Un examen attentif de cette page wikipédia révèle qu'elle ne contient pas d'informations particulièrement sensibles, puisqu'elle ne dresse qu'un historique de la structure et ne détaille pas la nature des émetteurs militaires, ni leurs gammes de fréquences. Les seules informations sur le fonctionnement de la station concernent son quartier vie et la présence d'une partie souterraine de l'installation, ce qui n'est pas vraiment une surprise. L'ensemble de ces informations ne provient pas d'un document classifié qui aurait été subtilisé dans les coffres du ministère de la Défense, ni même d'un technicien indiscret, mais tout simplement d'un reportage d'une chaîne de télévision locale : TL7 (Télévision Loire 7). D'une durée de 25 minutes, il présente de nombreuses images de la station et détaille un certain nombre de ses caractéristiques, dans le cadre d'une visite des journalistes organisée par l'armée de l'Air. Ce reportage, cité explicitement comme source sur la page wikipédia, peut toujours être visualisé sur le site de la chaîne, une subtilité qui semble avoir échappé à la DCRI.

L'ensemble des informations fournies sur la page wikipédia incriminée relevant de sources ouvertes, si des mesures de protections étaient nécessaires pour empêcher leur diffusion, elles auraient du avoir lieu en amont, en particulier auprès des médias accueillis dans la station. Cette page a été consultée par des milliers d'internautes, de crawlers et autres routines de téléchargement, assurant que les données qu'elle contient ne peuvent être simplement "effacées" et pourront être republiées à l'infini. Wikipedia n'est certes pas un espace de non-droit où la divulgation d'informations classifiées serait tolérée, mais les personnels de la DCRI devraient s'efforcer de comprendre que Wikipedia n'est pas Wikileaks. Il faut d'ailleurs saluer le travail des contributeurs et des administrateurs de Wikipedia France, en particulier concernant les rubriques consacrées aux sujets de défense et de renseignement, pour leurs efforts de sourçage - toujours open-source - et de précision de leurs articles.

La démarche d'intimidation entreprise par la DCRI, proprement ahurissante, illustre le retard flagrant de l'institution, voire une certaine incompétence de ses personnels, concernant le web, son fonctionnement et ses usages. En agissant contre un simple internaute, contributeur d'un site collaboratif aussi populaire que Wikipédia et qui ne faisait que relayer des informations librement accessibles, le renseignement intérieur mobilise des moyens et du personnel pour tenter de supprimer des informations peu sensibles, renforce la visibilité de ces informations sur le web (+29 000 vues en 24h) et contribue à dégrader l'image de l'institution DCRI auprès du public.

Sources : Wikimedia, AFPWikipedia

À lire sur ce sujet : Authueil.org, Rue89, Le Figaro, Slate.fr

Version PDF de la page Wikipédia Station hertzienne militaire de Pierre-sur-Haute, hébergée par Zone d'Intérêt 

23/03/2013

Journée d'études sur le cadre juridique du renseignement à Lille 2

La faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de l'université Lille 2 organise une journée d'études consacrée à la modernisation et au cadre juridique du renseignement en France, qui aura lieu le jeudi 4 avril 2013.

Les différentes tables rondes seront l'occasion d'entendre plusieurs chercheurs, des magistrats et un large panel d'anciens responsables des services de renseignement (DST, DGSE, DRM).

Cette initiative est notable, puisqu'il est rare que les universités françaises s'intéressent aux questions de renseignement et tout aussi rare de pouvoir assister à un débat concernant l'encadrement du renseignement français.

L'ensemble du programme de cette journée d'études et les modalités d'inscription sont disponibles sur le site de l'université Lille 2.

21/02/2013

AGS - Ingress, du virtuel au réel, la conquête silencieuse selon Google

En novembre 2012, Google a lancé discrètement un jeu basé sur son Google Maps, illustrant plusieurs innovations en cours dans les jeux de stratégie, mais également dans la perception de l’espace liée à l’introduction de la réalité augmentée et laissant présager de potentielles applications sur lesquelles le géant du web n’a pas encore communiqué.


L'intégralité de l'article Ingress, du virtuel au réel, la conquête silencieuse selon Google est à lire sur le site d'AGS.

28/12/2012

AGS - Une attaque EMP contre l'Iran ? Pas si vite...

Dans le cadre du dossier EMP proposé par Alliance Géostratégique, Zone d'Intérêt publie un billet consacré à un scénario d'attaque contre le programme nucléaire iranien, avec le recours à des armes électromagnétiques.



Zone d'Intérêt s'était déjà intéressé à la question des armes EMP en juin 2009, avec un dossier consacré aux armes électromagnétiques (nucléaires et non-nucléaires) : EMP et armes électromagnétiques.

Retrouvez l'intégralité de l'article Une attaque EMP contre l'Iran ? Pas si vite... sur le site d'AGS.

17/12/2012

L'interception des communications britanniques, un travail pour les Américains ?

En octobre dernier une commission du parlement britannique a entendu Richard Alcock, directeur du Communications Capability Directorate, l'organisme d'Etat chargé de développer un programme de surveillance à grande échelle des télécommunications britanniques et Charles Farr, directeur général de l'Office of Security and Counter-Terrorism (Home Office), dans le cadre des auditions de la Draft Communications Data Bill. Cette audition visait à recueillir l'avis de ces spécialistes concernant les mesures pertinentes à prendre en matière d'interception des télécommunications (téléphoniques, mails et sms) entre citoyens britanniques, dans le cadre de la sûreté nationale et de la lutte contre le terrorisme.

Charles Farr
Le projet de loi intitulé Draft Communications Data Bill vise principalement à moderniser les moyens à disposition de la police et des services spécialisés britanniques en matière de surveillance des communications, mais également à légiférer dans plusieurs domaines des activités en ligne, notamment sur les paris en ligne, la rétention des données utilisateurs par les FAI et les fournisseurs de services sur internet, voire le recours au Deep Packet Inspection (DPI) dans la surveillance des données. Ce projet a été initié en janvier 2010 et fait toujours l'objet d'un vif débat politique, en particulier sur la nature des données accessibles par les services de l'État, ainsi que sur l'ampleur de la surveillance suggérée par le projet de loi. Cette Data Communications Bill fait suite à un autre projet de réforme de 2008  tout aussi controversé, l'Interception Modernisation Programme, dont l'intitulé se révélait plus explicite.

Charles Farr a souligné au cours de l'audition que le Home Office avait eu des contacts répétés avec les opérateurs britanniques concernant le projet de loi et une trentaine de réunions avec les opérateurs étrangers sur une période de deux ans, ce qui suggère des discussions poussées avec les fournisseurs d'accès sur le cadre technique et légal des futures interceptions, sur lequel le Home Office aura la main. Le président de la commission a noté que les représentants de ces opérateurs avaient dans leur majorité affirmé ne rien connaître du futur projet de surveillance et n'avoir eu aucun contact avec le Home Office à ce sujet, une pudeur que Farr a qualifié « d'embarras commercial ».

Interrogé sur les données utilisateurs nécessaires aux services de sécurité, Charles Farr s'est concentré sur des métadonnées telles que les adresses IP et les weblogs, repoussant le risque d'un contournement des mesures de surveillance par un usage accru des utilisateurs aux VPN et au cryptage des données, assurant que les services sont en mesures de contrer ces protections, « bien plus qu'ils ne le pensent ».

Le programme de surveillance étudié par le parlement britannique se concentre sur les télécommunications en provenance ou à destination du Royaume-Uni et vise donc essentiellement le renseignement intérieur, en particulier les services contre-terroristes du Home Office et le MI5. Toutefois, les communications sur internet émises ou reçues par les ressortissants britanniques ne se restreignent par au territoire britannique, nombre d'utilisateurs ayant recours à des fournisseurs de services étrangers. Parmi ces fournisseurs de services, le cas des deux géants américains Hotmail et Gmail pose question, puisque les données qu'ils stockent sur leurs serveurs ne relèvent pas directement de la loi britannique. Pourtant, concernant la nécessité d'assurer aux services britanniques un accès aux données des CSP américains par un cadre légal, Charles Farr s'est montré très réticent à de nouvelles dispositions et plus favorable au maintien du status quo.


Cette attitude de modération dans l'accès aux données de messagerie des utilisateurs britanniques peut surprendre venant de Charles Farr, un pur produit du MI6, où il fit une longue carrière avant d'être nommé en 2010 à la tête du contre-terrorisme. Ce « sécurocrate » est connu pour sa volonté d'obtenir le meilleur deal aux services de sécurité dans le cadre du futur programme de surveillance des communications dont le budget total est estimé à 2.2 milliards d'Euros. On imagine donc mal Farr se couper potentiellement d'une masse de données issue des messageries américaines, très utilisées en Grande-Bretagne, en raison d'un cadre légal oublié dans le projet de loi.

L'explication du manque de zèle de Charles Farr réside très probablement dans la relation privilégiée qui lie les services de renseignement britanniques à leurs homologues américains, dotés de moyens techniques conséquents dédiés à l'interception des télécommunications aux Etats-Unis et dans le monde. Cette coopération en matière de renseignement est particulièrement forte dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, puisqu'une large part des alertes reçues par les services britanniques sur des communications internet suspectes proviennent de leur allié américain, dans le cadre de leurs accords UKUSA. Ainsi, le Royaume-Uni tendrait à laisser de facto une part non-négligeable de la surveillance de ses télécommunications entre les mains des services américains, en particulier la NSA, signe d'une coopération bilatérale qui peinent toujours à s'équilibrer.

Source : Joint Committee on the Draft Communications Data Bill - Session 2012-2013 : Oral Evidence

07/11/2012

Avions russes à Djibouti, l'ours dans la bergerie ?

La Russie a émis une demande officielle auprès de l'Elysée afin de stationner deux avions de reconnaissance sur la base aérienne française de Djibouti, au cœur d'une zone d'opérations française, mais également américaine.

Camp Lemonnier, Djibouti

C'est à l'issue du conseil des ministres du 31 octobre que le Président Hollande et le ministre de la Défense Le Drian se sont entretenus avec Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères et Anatoli Serdioukov, ministre russe de la Défense, dans le cadre d'un 
« conseil de coopération Franco-Russe sur les questions de sécurité ». Au cours de cet entretien, le ministre Serdioukov a notamment confirmé que les fonds prévus pour l'achat de deux bâtiments Mistral ont été ajoutés au budget de défense russe pour 2013, rapprochant les partenaires russe (Rosoboronexport) et français (DCNS) d'un contrat final estimé à 1,1 milliard d'euros. Toujours dans le cadre de ce conseil, le ministre Serdioukov en a profité pour formuler une requête peu commune, en demandant à la France d'accueillir sur sa base aérienne de Djibouti (BA 188) deux avions de reconnaissance maritime à longue portée Iliouchine Il-38.

La Russie justifie l'envoi de ces deux appareils en tant qu'appui à ses opérations de lutte contre la piraterie dans le Golfe d'Aden et au large de la Somalie. La marine russe mène en effet des missions contre les pirates depuis 2010 et a annoncé au début du mois de novembre 2012 l'envoi sur zone d'une Task Force de sa flotte du Pacifique, menée par le destroyer de classe Udaloy Maréchal Chapochnikov (BPK 543). Les IL-38 russes sont dotés de caméras infrarouges stabilisées et de radars haute-résolution avec des capacités avancées de suivi de cibles, permettant la détection de petites cibles aériennes et de surface, autant de capteurs qui apparaissent adaptés à la détection des embarcations rapides des pirates.

En plus d'être l'hôte de forces françaises et de la BA 188, Djibouti est également depuis plusieurs années l'hôte de forces américaines stationnées sur la base de Camp Lemonnier. Cette base américaine a connu une hausse très substantielle de son niveau d'activité depuis 2010, comme le signale la construction de nouveaux bâtiments et hangars. Les installations du Camp Lemonnier sont en particulier exploitées par les forces spéciales américaines (JSOC) et la CIA, dans le cadre d'opérations antiterroristes en Afrique et dans le Golfe. Depuis 2002, cette base a accueilli un nombre croissant de drones, armés ou non, qui auraient servi au Yémen, en Afrique subsaharienne, en Libye et dans le Golfe d'Aden.

La BA 188 française et le Camp Lemonnier américain sont deux complexes contigus situés sur l'aéroport de Djibouti. Ainsi, les appareils russes IL-38 seraient amenés, s'ils étaient accueilli par les forces françaises, à évoluer à quelques centaines de mètres des installations américaines, ainsi que des drones utilisés par la CIA et le JSOC. Les radars de précision qu'emportent les Iliouchine 38 pourraient leur permettre de suivre les rotations des drones américains, ainsi que des avions espions déployés depuis le Camp Lemonnier. À ces radars s'ajoutent des équipements de guerre électronique et d'interception, qui, embarqués dans les IL-38 permettraient une surveillance des transmissions dans la zone, tant depuis les airs qu'au sol. Bien que la majorité des transmissions des forces françaises et américaines soient cryptées, l'accueil par la France de deux avions-espions russes bardés de systèmes électroniques de pointe à proximité directe d'une base abritant des activités de la CIA et du JSOC constituerait une singularité peut-être peu appréciée par l'allié américain.

Sources: RIA Novosti, UPI
Remote US base at core of secret operations, Washington Post, 26 octobre 2012