16/10/2009

Oryol, le Blackwater à la russe

Une société militaire privée basée en Russie souhaite prendre des parts de marché aux entreprises américaines déjà en activité en Irak.

Le centre antiterroriste Oryol, basé à Orel, est une compagnie spécialisée dans la formation de personnels de sécurité et qui fournit des services à l'international, comme la protection de VIP ou la formation de forces de sécurité.

Cette entreprise a été fondée à la fin des années 90, afin d'assurer la reconversion d'anciens militaires de l'armée russe et en particulier ceux issus des forces spéciales, dans les métiers de la sécurité. Oryol compterait environ une centaine de vétérans des forces spéciales au sein de ses employés. La compagnie a commencé ses activités de formation aux opérations antiterroristes en 2003.






Oryol a récemment assuré sa promotion dans un reportage de Russia Today, en exposant ses stages de formation et en présentant la méthode de travail russe en matière de sécurité internationale. Les contractors russes affirment avoir une approche raisonnée, privilégiant le dialogue et le respect de la culture locale, tout en évitant autant que possible le recours à la force. Un discours très policé pour une entreprise qui se présente comme une alternative aux grandes PSC américaines qui opèrent déjà en Irak.

Si des contractors russes et ukrainiens opèrent de longue date en Irak au sein de compagnies occidentales, notamment dans la protection d'infrastructures industrielles, Oryol est une des premières entreprises 100% russes à afficher sa volonté de devenir un acteur majeur de la sécurité privée en Irak. Une tâche qui s'avèrera sans doute difficile, sur un marché irakien que plusieurs experts considèrent comme étant saturé.

Les entreprises de sécurité russes et ukrainiennes ont également reçu des contrats en Afghanistan, principalement pour des tâches logistiques, grâce à leurs précieuses flottes d'hélicoptères et d'avions de transports russes, auxquelles les forces de la coalition font appel en permanence.

Les "mercenaires" russes ont également joué un rôle important au tout début de l'opération OEF, alors que les forces américaines souhaitaient bénéficier de l'expertise russe en Afghanistan. L'ambassade américaine en Russie a pendant plusieurs mois, recruté d'anciens militaires russes pour appuyer et conseiller les premières troupes US qui entrèrent dans le pays.

Sources: Russia Today, Oryol

14/10/2009

Retour sur l'échec d'une mission clandestine de la DGSE

Les médias français et espagnols révèlent les détails d'une mission menée par une équipe du service action voici sept ans, en Espagne.

Le journal Libération a diffusé des extraits de notes du général Philippe Rondot, qui faisaient mentions d'une mission du service action de la DGSE près de Barcelone, en 2002. Cette mission était, selon une note du général, un exercice Alpha, visant à tester un agent de la DGSE. Le code "Alpha" désigne les équipes du service action chargées d'assassinats ciblés, contre des individus représentant une menace pour la sureté nationale.

Cette mission qualifiée d'exercice par le général Rondot, intervient après que, fin 2001, la CIA ait informé les services français de son programme d'éliminations ciblées visant les les membres d'al-Qaïda et leurs appuis. Le général Rondot fait d'ailleurs état d'opérations secrètes menées dans ce cadre en Afghanistan par la France et les USA.

L'agent qui devait être testé est présenté par la presse espagnole sous le nom de Rachid Chaouati et par la presse française sous l'alias de Richard Pérez. L'homme aurait déjà effectué plusieurs missions en Europe pour son officier traitant, connu sous le pseudonyme de Christian Piazzole. Chaouati aurait notamment été chargé de prendre des photographies dans le restaurant d'un grand hôtel d'Amsterdam et de dissimuler une caméra dans un bâtiment sur une île au large de Naples.

L'exercice Alpha d'avril 2002 aurait donc eu pour but de tester un agent de la DGSE dans une "mission logistique" avec armes de guerre, en Espagne, sous la direction d'un officier traitant du service action. Chaouati, alias Pérez, avait pour mission de transporter un équipement complet pouvant servir à une élimination, d'une cache située près de Tarragone à une autre cache se trouvant à 100km, près de Barcelone. Il devait pour se faire employer une carte Michelin et un GPS contenant des points prédéfinis marquant la position des caches, mais l'homme n'aurait pas réussi à localiser l'équipement et aurait été appréhendé par la police espagnole, échouant à sa mission.

Les circonstances exactes de l'arrestation de Chaouati et Piazzole ne sont pas détaillées, mais selon la presse espagnole, Rachid Chaouati aurait collaboré avec la justice, accompagnant les enquêteurs aux différentes caches où un arsenal complet fut découvert. À l'intérieur d'un tube de PVC, la police espagnole a retrouvé un fusil de précision de conception artisanale, doté d'une lunette de visée et d'un trépied, ainsi qu'une arme de poing calibre .22, équipée d'un silencieux et d'un pointeur laser.


Le fusil de précision, chambré en 7.62mm, n'a pas été identifié par les enquêteurs et semble équipé d'un canon à silencieux intégral. Les policiers ont également découvert un appareil photo jetable Kodak, dissimulant une balise radio très sophistiquée qui devait servir à localiser la cache, une fois l'équipement enterré.

Après six mois d'incarcération des deux agents en Espagne, le général Rondot aurait été prié d'aller plaider leur cause à Barcelone, afin d'obtenir leur libération. Le ministère de la Justice du gouvernement Aznar aurait également fait pression auprès du procureur dans le sens d'une libération. Pour la presse française, Rondot aurait eu une entrevue avec le procureur général Mena Alvarez, se présentant comme général de l'armée française, affirmant que les deux agents procédaient à un exercice et demandant leur libération.

La presse espagnole rapporte pour sa part la visite au juge Mena d'un commissaire de police français, Bernard Chardonye, venu demander la libération de Piazzole. Le juge Mena aurait par la suite cherché à retrouver la trace du commissaire, sans succès.

Fin 2002, les deux agents français furent placés en liberté conditionnelle, dans l'attente de leur procès, prévu pour le 4 mars 2004. Ni les deux prévenus, ni le général Rondot, ni le commissaire français n'assistèrent au procès, au cours duquel le procureur demanda une peine de sept ans de prison. Un mandat d'arrêt international, toujours en vigueur, aurait été lancé par la justice espagnole pour retrouver les deux hommes.

Sources: Libération, Voz de Asturias,

30/09/2009

INDECT, programme européen de surveillance des réseaux

L'Union Européenne finance un programme de recherche visant à créer un système de surveillance automatisé capable de recueillir du renseignement à partir du web et d'images de vidéosurveillance.

Ce projet établi en 2007 n'a été lancé qu'au début de l'année 2009 et c'est un récent article du Telegraph qui a relancé le débat sur ce programme baptisé Indect. Il est mis en œuvre sous le contrôle de la commission européenne et a reçu un financement d'environ 10 millions d'euros.

L'objet du programme Indect est de développer des systèmes capables d'analyser des données numériques (texte, image, vidéo) collectées sur des réseaux informatiques (web, ftp, p2p) et sur les réseaux de vidéosurveillance, afin de détecter des menaces et des comportements violents. Indect sera basé sur des technologies d'analyse vidéo et sur des programmes de data-mining capables d'analyser de grandes quantités de données numériques, afin de détecter des évènements ou des informations jugées suspectes.

Ce projet est au cœur d'une collaboration entre une quinzaine d'universités européennes, dont l'Institut Polytechnique de Grenoble. Indect vise à appuyer les services de sécurité européens dans leur collecte de renseignement et dans leurs activités de surveillance du territoire, en augmentant leur capacité de traitement de l'information et leur niveau d'interopérabilité. Le programme Indect est développé en particulier pour la surveillance des zones urbaines et des grandes métropoles.

D'autres programmes européens et nationaux visent à améliorer l'efficacité de la vidéosurveillance dans la détection en temps-réel des comportements violents (ADABTS) et à développer des systèmes de collecte et d'analyse du renseignement sur internet (programme français HERISSON).

Les États-Unis développent discrètement des programmes de surveillance et de data mining similaires depuis plusieurs années. Dans le domaine de l'analyse vidéo, VACE (Video Analysis and Content Extraction) est un système capable d'analyser et d'indexer des données vidéos à grande échelle, mais également d'effectuer une reconnaissance d'objets et de mouvements, notamment pour la détection de comportements hostiles. Le projet Reynard, pour sa part, vise à étudier les dynamiques sociales des environnements virtuels afin de détecter l'émergence de comportements suspects, voire hostiles, sur Internet.

18/09/2009

Les contractors au coeur des opérations de la CIA

De récents rapports de presse ont permis de révéler la place centrale qu'occupent désormais les PSC dans la logistique et la mise en œuvre des opérations paramilitaires de la CIA.

Depuis 2001, la CIA aurait fait appel à plusieurs reprises à des sociétés de sécurité privée, notamment Blackwater Worldwide, pour mener des missions secrètes d'entraînement et d'appui logistique, dans le cadre de ses activités de renseignement et de ses opérations paramilitaires. Selon les informations divulguées par la presse anglo-saxonne, Blackwater fournirait ses services à la CIA depuis au moins 6 ans.

Des 2003, l'entreprise fondée par Erik Prince, ex-Navy SEAL, aurait participé au programme de special renditions de la CIA, qui consistait à transférer par avion des individus que l'agence suspectait d'être lié au terrorisme, vers des prisons secrètes hors des USA. Selon Der Spiegel, Prince aurait fourni plusieurs avions et leurs équipages à la CIA, par l'intermédiaire des compagnies aériennes qu'il possédait, à savoir Presidential Airways, Aviation Worldwide et Satelles Solutions.

En 2004, Langley aurait embauché Blackwater pour entraîner ses opérateurs, dans le cadre de son programme d'assassinats ciblés, qui visait à éliminer de hauts membres d'al-Qaïda et d'autres groupes terroristes. Ce programme interrompu par le président Obama et son D/CIA Leon Panetta, n'aurait donné lieu à aucune opération d'élimination, selon les déclarations du gouvernement américain.

Plus récemment, c'est encore Blackwater, renommé Xe, qui appuierait les opérations de bombardements par drones opérées par la CIA contre les insurgés, depuis l'Afghanistan et le Pakistan. Les employés de Xe, désormais co-dirigée par Cofer Black, ancien directeur de l'antiterrorisme à Langley, auraient pour mission de charger les bombes qu'emportent les drones et d'effectuer d'autres tâches de maintenance.

Le recours par la CIA à des sociétés privées a connu un renouveau, très peu de temps après le 11 septembre, alors que l'agence devait mener des opérations en Afghanistan. Les espions américains devaient être en capacité de se déplacer librement et discrètement à travers le pays, afin de mener leur collecte de renseignement et leurs négociations avec des seigneurs de guerre proches de l'Alliance du Nord. À cette fin, la CIA avait besoin d'acquérir une petite flotte d'hélicoptères "couleur locale" et a donc entrepris de se procurer des appareils russes de type Mi-17, dont elle ne disposait alors qu'en un seul exemplaire.

Hélicoptère CIA - Operation Anaconda
La CIA a alors chargé un officier de l'US Army, spécialiste des appareils russes, de se procurer les hélicoptères dont elle avait besoin. Cet officier, Jeffrey Staton, décida d'employer une société privée pour acheter ces appareils en Russie, avant de les faire modifier aux standards de l'Agence par des spécialistes de l'armée et du secteur privé. C'est la compagnie Maverick Aviation qui fut sélectionnée pour cette tâche et après une expédition épique qui vit plusieurs personnels de l'US Army, des opérateurs de l'agence et des contractors acheter des Mi-17 en Sibérie sous la surveillance des services secrets russes, une facture de 5 millions de dollars fut finalement payée par la CIA pour l'achat de deux appareils, depuis la caisse enregistreuse d'un bar d'El Paso. Sans surprise, le déroulement de cette opération fait l'objet d'une enquête de la justice américaine.

Au-delà de modes opératoires douteux, les PSC employées par la CIA et en particulier Blackwater, font l'objet d'accusations graves qui soulèvent l'attention du public et des pouvoirs publics. L'entreprise d'Erik Prince fait déjà l'objet d'une enquête du FBI concernant une fusillade meurtrière ayant eu lieu en Irak au cours de l'année 2007, mais plus récemment, c'est le PDG de Blackwater lui-même qui a été mis en cause par d'anciens employés qui l'accusent de meurtre. D'autres plaintes ont éclaté au sein de la firme, notamment celle d'un employé rapportant des faits de harcèlement et des comportements violents entre contractors à bord du McArthur, le navire anti-piraterie de Blackwater.

Bien qu'elle recourt a des sociétés de sécurité privées, la CIA n'est pas pour autant dépourvue de "service action". À Langley, cette unité est baptisée le Special Operations Group et recrute ses opérateurs au sein des forces armées américaines, principalement dans les unités de forces spéciales du SOCOM. Néanmoins, le SOG était en reconstruction depuis 2001, après les réductions successives que l'unité a subi dans les années 90. Ce groupe d'intervention, dont la plupart des caractéristiques demeurent classifiées, ne disposerait que d'effectifs et d'une logistique réduits, forçant la CIA a recourir aux moyens du SOCOM lors de ses opérations d'envergure. Sous l'administration Bush, le Pentagone avait tenté de rediriger les opérations spéciales de la CIA vers le SOCOM et d'accroître le rôle des forces spéciales dans les missions de renseignement.

Lorsque les moyens du Pentagone ne pouvaient être déployés pour des raisons de discrétion ou de diplomatie, qu'il s'agisse de former des assassins ou de déployer des drones-bombardiers dans un pays qui ne souhaitait pas ébruiter cette collaboration, la CIA a choisi de faire appel aux contractors, dont Michael Hayden, ancien directeur de la CIA, saluait récemment "le savoir-faire et la discrétion".

11/09/2009

Américains et Britanniques en désaccord lors d'une opération antiterroriste

Andy HaymanAlors que huit terroristes présumés ont été récemment jugés par la justice britannique pour avoir planifié une attaque sur des vols longs courriers, un ancien haut-responsable du Metropolitan Police Service accuse les autorités américaines d'avoir risqué l'échec de son opération.

Andy Hayman, ancien chef de la section antiterroriste de Scotland Yard, était à la tête de l'opération qui a permis d'arrêter huit individus liés à une cellule terroriste, en août 2006. Il explique dans un billet publié par le Times, comment l'opération qui devait permettre de démanteler un réseau terroriste en Grande-Bretagne a été précipitée par une décision du gouvernement américain.

La section antiterroriste de la police de Londres surveillait, depuis le début de l'année 2006, un groupe de jeunes hommes musulmans qui fréquentaient une librairie radicale et dont l'un des membres avait connu un des poseurs de bombes des attentats de juillet 2005. Ce groupe fit rapidement l'objet d'une enquête nommée Operation Overt, au cours de laquelle des éléments vinrent rapidement renforcer les soupçons de la police.

Lorsqu'en juin 2006, un des membres du groupe, Abdulla Ahmed Ali, revint d'un séjour au Pakistan, les policiers entreprirent de fouiller discrètement ses bagages, découvrant du soda en poudre et des piles électriques, des éléments pouvant permettre de fabriquer des engins explosifs et de les dissimuler. Durant la même période, un autre homme, Assad Sarwar, se procurait divers outils et du péroxide d'hydrogène, un composé chimique employé dans la fabrication d'explosifs lors des attentats de 2005.

Peu de temps après, Ahmed Ali, alors sans emploi, fit l'acquisition à Londres d'un appartement d'une valeur de 138 000 livres, qui fut immédiatement surveillé par la police, à l'aide de micros et de caméras dissimulées. Les agents observèrent les membres du groupe remplir des bouteilles de sodas d'explosif liquide, en l'injectant par un petit orifice sous la bouteille avant de le sceller avec de la colle. Il les entendirent également réaliser des vidéos annonçant leurs martyrs.

L'opération faisait alors l'objet d'une coopération entre la police de Londres, le MI5 et le GCHQ, ainsi qu'avec les services américains, la police ayant déterminé que des intérêts américains étaient probablement ciblés. Le GCHQ, le service britannique chargé des interceptions de communications et appartenant au réseau Echelon, avait alors dédié une part significative de ses ressources humaines et matérielles à la surveillance des communications des suspects. Plusieurs appels téléphoniques et des emails en provenance du Pakistan furent interceptés, chaque message employant un code qui camouflait des instructions et des ordres sous la forme de discussions anodines.

À la fin du mois de juillet, tous les services chargés de l'opération s'accordaient pour considérer la situation sous contrôle. La cellule de terroristes présumés étant surveillée en permanence, il fut décidé de poursuivre l'enquête le plus longtemps possible afin de recueillir un maximum de preuves et de renseignement sur le réseau. Afin de rassurer les Américains sur leur sécurité, le Premier ministre Tony Blair informait régulièrement et directement le président George Bush des développements de l'opération.

Le 9 août, un évènement vint pourtant précipiter le déroulement de l'opération britannique, les autorités pakistanaises décidant d'arrêter Rashi Rauf, un homme considéré par les britanniques comme lié à l'organisation qui dirigeait la cellule de Londres. Craignant que les individus qu'elle surveillait n'apprennent l'arrestation et passent à l'action, la section antiterroriste n'eut d'autre choix que d'interpeller les suspects.

Le 10 août à 23H00, la police procéda à une série d'arrestations coordonnées à Londres. Trois heures plus tard, les autorités britanniques déclenchèrent une alerte contre une attaque terroriste imminente et des mesures de sécurité spéciales furent mises en place dans tous les aéroports du Royaume-Uni.

Pour Andy Hayman, le chef de la section antiterroriste, le gouvernement américain, peu confiant dans l'opération britannique, aurait demandé aux autorités pakistanaises de procéder à l'interpellation de Rauf, afin de forcer les britanniques à mener ces arrestations. Il considère que cette précipitation aurait pu empêcher le recueil de certaines preuves et le bon déroulement de la procédure judiciaire.

L'enquête qui a suivi a permis de déterminer que la cellule préparait un attentat contre au moins sept vols transatlantiques à destination des USA et du Canada. Les terroristes auraient eu l'intention d'embarquer sur ces vols en transportant des explosifs liquides dissimulés dans des bouteilles de sodas, les détonateurs étant cachés dans des piles électriques et des téléphones portables. Ils auraient assemblé puis mis à feu leurs engins explosifs en cours de vol, entraînant probablement la mort de centaines de passagers.

06/08/2009

Empire Challenge 2009

Les USA, le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie ont tenu au cours du mois de juillet leur exercice annuel Empire Challenge, visant principalement à tester l'interopérabilité de leurs systèmes ISR lors d'opérations combinées.

EC09 - © USJFCOM
L'exercice EC09 exploitait un scénario moyen-oriental, à l'instar de l'exercice Empire Challenge 2008, traité en détail sur Zone d'Intérêt. Les différentes phases de l'exercice, à nouveau accueilli sur la base du Naval Air Warfare Center de China Lake (CA), ont permis de tester les différents systèmes de collecte et d'analyse du renseignement, lors d'opérations simulées de guerre contre-insurrectionnelle, d'opérations anti-IEDs, mais également de contrôler l'intégration ISR liée à l'appui-feu.

Les opérations menées à China Lake s'inspiraient clairement des retours d'expérience en provenance d'Irak et d'Afghanistan, avec des attaques de convois à l'IED et au mortier, surveillées de près par les différents systèmes aéroportés déployés pour l'occasion. Une large place était également faite à la simulation sur ordinateur, notamment grâce à l'environnement de simulation opérationnelle CWIN (Cyber Warfare Integration Network), développé par Northop Grumman.

Parmi les plateformes ISR aéroportées, étaient présents un bon nombre des systèmes déployés l'année dernière; avions U2, drones Global Hawk et ScanEagle, avion-radar E8-C JSTARS, ou encore F/A-18 SHARP. Plusieurs nouveaux systèmes ont également fait leur entrée au cours de cette édition 2009, notamment un DHC-6 Twin Otter emportant un capteur haute résolution Angelfire, capable de surveiller en temps réel une large zone (4km²) et développé spécifiquement pour la lutte contre les IEDs. Le MoD britannique a également envoyé un de ses hélicoptères Sea King ASaC Mk7 (Airborne Surveillance and Control), déjà déployé en Afghanistan et capable d'assurer la surveillance et le tracking (MTI) simultané de 400 cibles.

L'exercice a également été l'occasion de tester un nouveau capteur électro-optique haute-définition, la caméra Wescam MX-15 de L-3 Com, emportée par un Beechcraft King Air ou un drone Predator. Le flux vidéo HD a pu être transmis aux analystes des différents pays participants et notamment à l'Allemagne et à la France, par l'intermédiaire du réseau CFBL 9 Eyes.

Il est à noter que cet opus 2009 ne se déroule plus sous l'autorité de la NGA (National GEOINT Agency), mais sous le commandement du JFCOM (Joint Forces Command). Il est probable que peu d'informations filtreront sur le déroulement de cette édition, après la fuite malencontreuse de documents très détaillés sur le déroulement de l'EC08. Ces documents censés demeurer restreints à un usage officiel (FOUO) avaient été hébergés en clair sur une portion publique du serveur de la NGA, n'échappant pas au moteur Google...

31/07/2009

Augmentation des interceptions COMINT en France

Flickr: SparktographyUn récent rapport universitaire pointe l'augmentation des interceptions de communications menées par la justice et les service de renseignement français.

Ce rapport rédigé par la chercheuse Claudine Guerrier, indique que les écoutes téléphoniques judiciaires ont connu une augmentation récente de 440%, de 5 845 écoutes en 2001 à 26 000 en 2008. Ce rapport s'intéresse notamment au coût des interceptions et recommande la centralisation et la mutualisation des moyens d'interception COMINT afin de diminuer ces frais, qui s'élevaient pour le ministère de la Justice à 92 millions d'euros en 2005.

Selon les chiffres de ce rapport et ceux fournis à l'AFP par le ministère de la Justice, les écoutes téléphoniques représenteraient environ 20 000 interceptions par an, auxquelles s'ajoutent 70 000 à 80 000 interceptions de communications (SMS, mails, données de connexion).

Les interceptions judiciaires ont connu une forte hausse, alors que les interceptions dites administratives auraient relativement peu augmenté. Ces interceptions autorisées par le Premier ministre, sur demande des ministères de la Défense, de la Justice ou du Budget, ne relèvent pas d'enquêtes judiciaires et sont effectuées afin de protéger la sécurité nationale. Selon le président de la Commission Nationale de Contrôle des Interceptions de Sécurité (CNCIS), chargée de surveiller les interceptions administratives, 6 000 interceptions de communication et 38 000 réquisitions administratives de données de connexion auraient eu lieu en 2008.

Au total, ce seraient donc environ 30 000 écoutes téléphoniques et plus de 100 000 interceptions de communications qui auraient eu lieu en 2008, sous un relatif contrôle démocratique.

Les interceptions administratives sont désormais contrôlées à priori par la CNCIS, composée de seulement trois membres, alors que selon ses propres chiffres, elle doit contrôler plus de 40 000 interceptions par an. Son pouvoir demeure relativement limité, le Premier ministre n'étant pas tenu de respecter les recommandations de la commission. Les interceptions judiciaires, pour leur part, ne relèvent pas du domaine de compétence la CNCIS et sont laissées à l'appréciation des juges qui les ordonnent.

En 2007, un projet de loi instituant une délégation parlementaire pour le renseignement a été promulgué, afin de permettre au Parlement de connaître l'activité des services de renseignement. Cette délégation bicamérale doit être composée de huit membres et a pour rôle de suivre "l'activité générale et les moyens des services spécialisés à cet effet placés sous l'autorité des ministres chargés de la sécurité intérieure, de la défense, de l'économie et du budget".

L'unique accès de la délégation aux informations, se fait par le biais des différents ministres qui lui transmettent les données jugées utiles à ses travaux. En sont toutefois exclus toutes les données opérationnelles, les instructions des pouvoirs publics, le financement des opérations, les échanges avec les services étrangers et ce, alors même que les membres de la délégation sont dûment accrédités et soumis au secret de la défense nationale. La délégation ne peut entendre que les directeurs des différents services et ne dispose d'aucun pouvoir d'enquête. Enfin, la délégation doit rendre un rapport public annuel sur ses activités.

Près de deux ans après la promulgation de la loi, l'étendue des travaux de cette délégation demeure assez floue, aucun rapport annuel public n'ayant émergé sur les sites parlementaires, comme il est d'usage, ni même à la documentation française. Plusieurs hauts-responsables du renseignement auraient toutefois été entendus par la délégation, selon les déclarations de Bernard Bajolet, récemment promu coordonateur national du renseignement.