04/02/2011

AGS - Thème du mois : le renseignement

Alliance Géostratégique consacre son thème du mois de février au renseignement.

Les services de renseignement font régulièrement la une des médias, trop souvent pour relater leurs échecs, leurs dérives ou les aspects sulfureux des affaires politiques auxquels ils se retrouvent mêlés. Cette vision tronquée, renforcée par le secret qui entoure leurs activités, ferait presque oublier le rôle premier de ces services que constitue le recueil et l’analyse du renseignement. Le renseignement, en tant que discipline et fonction opérationnelle, a connu des mutations sensibles au cours de la décennie écoulée, faisant évoluer avec lui les services qui en ont la charge.


La démocratisation des TIC, le développement d’internet et l’arrivée de nouveaux capteurs (optronique haute-définition, vidéo temps-réel…) générant d’énormes masses de données, constituent une révolution technique qui a profondément modifié le travail des agents et analystes du renseignement. Ces grandes quantités d’informations mises à disposition des services de renseignement constituent pour eux un atout, mais également un défi technologique et organisationnel, afin de traiter et d’analyser ces données sans se laisser submerger par leur flot ininterrompu. Les analystes de la CIA, qui au début des années 2000 ne disposaient pas tous d’une connexion à internet, se plaignent aujourd’hui de devoir traiter des informations sans cesse renouvelées et de ne plus disposer du temps nécessaire pour effectuer des analyses complètes.

Les moyens techniques, financiers et humains des services de renseignement demeurant limités, ils se voient contraints de renforcer leurs collaborations entre services, comme entre nations. À cet égard, les échanges de données transatlantiques se sont particulièrement accentués. Cette situation vertueuse d’interdépendance dans l’échange d’informations ou le partage de capteurs peut toutefois donner lieu à des déséquilibres, comme l’illustrent les relations entre services américains et britanniques.Cette tension sur les moyens de renseignement, liée à l’augmentation des flux de données et à la globalisation des menaces, se voit également augmentée par certaines missions annexes, comme la résolution de prise d’otages ou la protection de ressortissants à l’étranger. Ces missions incombent souvent aux services extérieurs, qui voient ainsi certains de leurs moyens techniques et humains détournés de leurs tâches de renseignement.

Les services de renseignement et les unités en charge du renseignement militaire sont également très actifs sur les théâtres d’opérations. Le théâtre afghan, au centre de l’attention médiatique et politique, concentre d’importants contingents des services de renseignements (plus de 700 personnels de la CIA), qui y travaillent tout autant à la lutte antiterroriste, à l’appui aux unités de combat, à la planification de frappes aériennes ou encore à la localisation d’otages. Sur ce même théâtre, des services de renseignement mènent également des actions de combat, par l’intermédiaire de frappes aériennes ou d’actions directes menées par des forces spéciales. L’Afghanistan fournit également des exemples de recours à l’externalisation par des agences de renseignement, pour des missions de collecte du renseignement, de soutien logistique, voire de combat. Des agences telles que la CIA ou l’ISI font appel à une grande variété de sous-traitants et de proxies: compagnies privées locales ou internationales, milices tribales…

La pratique du renseignement constitue encore un enjeu de gouvernance pour les démocraties, tant par l’impact qu’il peut avoir sur les libertés fondamentales des citoyens, que par la portée du conseil que fournissent les services aux autorités politiques. En France, le contrôle parlementaire censé garantir le respect des règles constitutionnelles demeure embryonnaire. À cet égard, les services de renseignement semblent se référer à leurs ordres de mission, à la loi et à leur propre jugement, dans une forme d’auto-contrôle.

Des commissions d’enquêtes menées dans plusieurs pays suite à des « surprises stratégiques », ont permis de mettre en exergue une certaine incompétence des décideurs politiques en matière de renseignement. Avant toute réforme d’ampleur et autres réorganisations de services, les professionnels du renseignement entendus par ces commissions ont appelés de leurs vœux à une formation des responsables publics. Il semble en effet nécessaire qu’ils puissent appréhender la véritable nature de la discipline renseignement, qui ne constitue jamais une garantie sur l’avenir, ni ne fournit de solution clé en main à des problématiques complexes.

Cette entrée en matière succincte au thème de février « le renseignement », permet d’ouvrir quelques portes sur ce vaste sujet, propice aux réflexions et au débat.

PS : Envoyez vos contributions (document Word/OpenOffice) à l’adresse alliancegeostrategique@gmail.com . Nous vous tiendrons informés de leur date de publication.

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