03/03/2010

Quand la chasse iranienne intercepte un avion de ligne kirghize

L'armée de l'air iranienne a intercepté fin février un avion de ligne de la compagnie Kyrgyzstan Airlines afin d'arrêter le chef présumé du groupe islamiste Joundallah.

C'est le 23 février qu'un avion (Yak-40 ?) de la compagnie aérienne kirghize a été intercepté, probablement dans l'espace aérien iranien, par des chasseurs-bombardiers de l'IRIAF, l'armée de l'air iranienne. L'avion a été escorté jusqu'à une base iranienne où il a été forcé à atterrir, avant que l'un de ses passagers, Abdolmalek Rigi, ne soit arrêté par des agents des forces de sécurité. L'avion en question avait décollé un peu plus tôt de l'aéroport de Dubaï et devait atterrir à Bishkek au Kirghizistan.

Abdel Malek Rigi est considéré par les autorités iraniennes comme le leader du groupe islamiste sunnite Joundallah, qui opère notamment au sud-est de l'Iran (Sistan-Balouchistan) et s'oppose au régime de Téhéran depuis des années. Ce groupe considéré comme terroriste par le gouvernement iranien serait notamment responsable de l'attentat du 18 octobre 2009 qui avait visé les gardiens de la révolution et fait plus de 40 morts.

Les autorités iraniennes ont affirmé que Rigi s'était rendu peu avant son départ de Dubaï sur une base militaire américaine et qu'il devait rencontrer une personnalité américaine de haut rang sur le territoire kirghize. Souhaitant maximiser l'impact médiatique de cette prise, le gouvernement de Téhéran a diffusé en boucle les images de l'arrestation de Rigi, ainsi que l'enregistrement de sa confession publique. La capture du chef islamiste devrait même faire l'objet d'un film réalisé sous l'autorité du ministère iranien de la culture et de la guidance islamique.

Le gouvernement kirghize a formulé une protestation officielle contre l'interception de l'un de ses vols internationaux, qualifiant l'action iranienne d'inacceptable. L'ambassadeur kirghize en Iran, Medetkan Sherimkulov, a toutefois nié qu'un passager étranger ait été arrêté à bord de l'appareil de Kyrgyzstan Airlines. Le ministre iranien des affaires étrangères a répliqué en convoquant l'ambassadeur Sherimkulov pour protester contre ses déclarations selon lesquels Rigi n'aurait pas été arrêtés à bord d'un appareil kirghize.

Le gouvernement Ahmadinejad semble décidé à utiliser cette capture à l'encontre des Etats-Unis. Selon les déclarations de Rigi, obtenues dans des conditions troubles, il aurait rencontré des agents de la CIA à Dubaï qui lui auraient promis le financement de son mouvement, ainsi que des armes, des munitions et la mise à sa disposition d'une base en Afghanistan, proche de la frontière avec l'Iran. Dans cette campagne de propagande, Téhéran trouve un allié inattendu en la personne du sulfureux journaliste américain Wayne Madsen, qui affirme que Rigi devait rencontrer Richard Holbrooke sur la base de Manas, une "information" que seul Madsen confirme et que la presse officielle iranienne s'est empressée de reprendre.

Sources: BBC, Tehran Times, AFP

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