29/03/2010

De futurs accords START peu ambitieux

Le gouvernement américain a annoncé le 24 mars la finalisation des accords bilatéraux sur la réduction des armes nucléaires qui seront signés prochainement avec la Russie.

Selon les informations publiées par les agences de presse et qui font notamment suite à la rencontre de Sergei Lavrov et Hillary Clinton à Moscou le 18 mars, la Russie et les USA devraient s'engager à réduire de 30% leurs arsenaux d'armes nucléaires stratégiques. Cette réduction devrait porter le nombre d'armes nucléaires en possession de chaque puissance à 1 550 charges et 800 vecteurs (ICBM, SLBM et bombes délivrées par les airs). Le nouveau traité, souvent baptisé START III ou START 2010, devrait être signé par les présidents Obama et Medvedev à Prague le 8 avril prochain.

Cet accord qui a fait l'objet d'âpres discussions entre les Russes et les Américains, ne semble pas particulièrement ambitieux en matière de désarmement nucléaire. Il constitue un point de départ frileux à l'objectif d'un désarmement nucléaire mondial, annoncé par Barack Obama peu de temps après son investiture et martelé à plusieurs reprises lors d'interventions publiques. La réduction annoncée de 30% des arsenaux nucléaires de chaque partie, bien que significative, n'entame que très peu les capacités de dissuasion et de destruction des deux puissances.

Le traité qui sera signé en avril ne concernera pas les armes nucléaires dites "tactiques" qui font toujours l'objet d'un déploiement opérationnel, notamment en Europe et dont la menace demeure persistante. En effet, bien que les missiles nucléaires dits "non-stratégiques", d'une portée inférieure à 5 000km, aient été retirés d'Europe et démantelés suite aux accords INF de 1987, des bombes nucléaires d'une puissance inférieure à 1 mégatonne sont toujours déployées. Les Américains déploieraient encore près de 500 de ces bombes en Europe, réparties sur une dizaine de bases aériennes, toutes n'étant pas maintenues prêtes à l'emploi. Les Russes, pour leur part, disposent également de bombes nucléaires non-stratégiques délivrées par les airs, mais sont également soupçonnés de conserver des têtes nucléaires d'une puissance de 100 kilotonnes, issues du démantèlement de leurs missiles SS-21 et qui pourraient être adaptées à leurs missiles de théâtre Iskander.

Le programme de bouclier antimissile américain, reporté et sensiblement modifié sous la pression du gouvernement russe, a sans doute tenu une part importante dans les débats sur ce traité de réduction des armements nucléaires. La Russie avait, dans le cadre de son opposition au programme BMD américain, menacé de déployer plusieurs missiles de théâtre Iskander dans son enclave de Kaliningrad, faisant ressurgir la menace des vecteurs non-stratégiques conventionnels, voire nucléaires, sur l'Europe de l'Ouest. Le gouvernement russe souhaite probablement maintenir cette pression sur les projets américains de défense antimissile et n'est sans doute pas prêt à réduire son arsenal nucléaire tactique sans recevoir de solides garanties concernant les projets de l'administration Obama. Au cours des négociations, la Russie a poursuivi sa politique de démonstration de force, en faisant voler des bombardiers stratégiques Tu-95MS à proximité des îles aléoutiennes américaines.

Ce traité, négocié avec énergie par la diplomatie américaine, pourrait toutefois subir un revers de politique intérieure. En décembre 2009, un groupe de 41 sénateurs, majoritairement républicains, on adressé une lettre au président Obama pour lui signifier qu'ils s'opposeraient à toute négociation de désarmement avec la Russie et ce tant qu'une modernisation substantielle de l'armement nucléaire américain n'aura pas été entamée. Cette opposition, si elle se confirmait, pourrait entraîner l'échec de l'accord qui doit être ratifié par les parlementaires avant son application, 41 sénateurs suffisant à faire échouer le vote sur ce traité. Si le président concédait aux républicains la modernisation de l'arsenal, il se trouverait en opposition avec son propre camp car plusieurs élus démocrates y sont farouchement opposés et tendrait également à initier une contradiction avec son objectif de désarmement mondial.

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