13/01/2010

L'armée libérienne, pur produit des PSC

Les forces armées libériennes, qui reçoivent de l'Europe et des Etats-Unis un soutien en terme de formation et de financement, ont subi une importante réforme depuis 2004, sous la direction de deux sociétés de sécurité privées (PSC) américaines.

Après trois ans de violences, les accords de paix et la démission du président Taylor en 2003 ont marqué le lancement d'un programme américain visant à réformer en profondeur les institutions du Liberia et en particulier ses forces de sécurité. Deux contrats, estimés à 100 millions de dollars US, ont été signés par le Department of State avec les sociétés de sécurité privées Dyncorp et PAE (Pacific Architects and Engineers, filiale du groupe Lockheed Martin), pour la démobilisation de nombreux personnels de l'armée et la formation d'une nouvelle armée libérienne. Dans un récent article de Foreign Policy, l'ancien employé de DynCorp Sean McFate offre un aperçu du programme mis en œuvre par les PSC américaines pour reconstruire une armée au Liberia. Le modèle d'armée choisi par les contractors et le gouvernement américain fut celle d'une petite force armée, majoritairement composée d'infanterie mécanisée, à l'armement rustique, qui ne disposerait ni d'artillerie, ni d'aviation légère, afin de limiter sa capacité de nuisance.

La première étape fut de démobiliser la grande majorité des soldats et officiers, puis de commencer un nouveau recrutement, afin de réduire l'armée d'un effectif de 15 000 personnels, à seulement 2 000. Les soldats démobilisés qui ne furent pas retenus pour réintégrer la nouvelle armée, reçurent tous un certificat de démobilisation, une carte d'identité valable à vie et un pécule de 540$, financés par l'enveloppe du département d'état américain. Les nouvelles recrues firent pour leur part l'objet d'une enquête préalable, accompagnée de la publication systématique d'une fiche d'identité avec photo, dans la presse locale et sur des tracts, afin de permettre à d'éventuelles victimes d'exactions de dénoncer leurs agresseurs.

En matière d'instruction militaire et d'entraînement, les Américains auraient choisi de concentrer leurs efforts sur l'alphabétisation des soldats et l'apprentissage des règles éthiques qui s'appliquent aux forces armées, en particulier les droits de l'homme. Les équipes de formateurs ont considéré que certains cours dédiés au maniement des armes étaient moins nécessaires aux recrues, qui pour la plupart avaient déjà une expérience en la matière, que des cours d'éducation civique. Une autre tâche importante pour les contractors fut de restituer le paiement régulier des soldes, qui était très mal géré par le ministère des finances libérien, afin d'éviter les dérives de corruption et de pillage au sein de l'armée. En 2008, DynCorp s'est vu attribué un nouveau contrat du département d'état pour la formation de 500 policiers au Liberia, qui devront collaborer avec la police des nations unies et la MINUL. Le gouvernement américain apporte aussi un appui plus conventionnel aux forces libériennes, en formant régulièrement des officiers et des sous-officiers, par l'intermédiaire de l'AFRICOM.

Les sociétés privées impliquées dans ce programme n'hésitent pas à qualifier cette expérience de grande réussite, alors que d'autres juteux marchés apparaissent, notamment en Afghanistan où les entreprises Dyncorp et Xe (Blackwater) font savoir qu'elles se tiennent prêtes pour assurer la formation des forces de sécurité afghanes.

2 commentaires:

  1. Bien vu.

    Cette évolution des forces armées libériennes n'est guère surprenante au vu de l'histoire et des relations personnelles.

    Le Libéria - comme la Sierra-Leone - est un pays où des descendants d'esclaves noirs (rentrés en Afrique)se sont plus ou moins mélangés aux populations locales.

    Toutefois des dualités heureusement peu cristallisées subsistent entre les plus "africanisés" (soutenant leur candidat ex-footballeur George Weah) et les plus "afro-américanisés" qui ont élu Ellen Johnson Sirleaf, première "présidente" d'Afrique.

    Dans un cas comme dans l'autre, les liens historiques, culturels et familiaux avec les Etats-Unis sont solides que séculaires.

    De plus, Mme J.Sirleaf a longtemps vécu et étudié aux US, et est activement soutenue par les lobbys américains en général, afro-américains en particulier; ainsi que par les fondations caritatives et les sociétés américaines de tous bords. Tendance renforcée par l'élection d'Obama.

    Les SMP / PSC américaines ont donc trouvé au Libéria (et depuis peu en Sierra-Leone) un marché vierge en or voire un pré-carré africain.

    Cordialement

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  2. Merci pour ce complément d'informations. C'est toujours bienvenu.

    Cordialement

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