06/04/2009

Des manettes et des hommes

mod.ukLes armées déployées en Irak et en Afghanistan emploient le plein potentiel des jeux vidéo afin de rendre leurs personnels plus précis dans la mise en oeuvre de leurs systèmes d'armes.

L'utilisation des technologies commerciales issues du jeu vidéo pour la formation et l'entraînement des pilotes est courante depuis l'arrivée des simulateurs de vol sur ordinateurs. Aujourd'hui, les armées n'hésitent pas à exploiter le goût prononcé des troupes pour les jeux virtuels, en récupérant certaines technologies de simulation et de contrôle, afin d'améliorer leurs matériels et procédures.

Simulateurs pour fantassins

Après les wargames, les simulateurs de vol et les simulateurs de blindés sur ordinateur, les simulateurs de combat d'infanterie ont pris de l'ampleur à la fin des années 90. Ces simulateurs, pour la plupart dérivés de logiciels commerciaux, ont pour but d'immerger les utilisateurs dans un environnement tactique réaliste, où les lois de la physique et de la balistique, ainsi que des principes tactiques de base sont simulés en temps-réel.

Le premier de ces simulateurs à remporter un véritable succès dans les forces armées fut le VBS1 (Virtual Battle Space 1), développé par Bohemia Software et acquis en 2001 par le corps des Marines. D'autres jeux vidéo commandés ou sponsorisés par l'US Army, tels que Full Spectrum Warrior ou America's Army, tiennent autant du simulateur que de l'outil promotionnel.

Ces simulateurs, dont l'utilité est toujours contestée, permettent de faire répéter virtuellement, des procédures aux personnels et de simuler des scénarios tactiques, grâce à un environnement virtuel facilement configurable. Ils permettraient également, selon certaines études d'améliorer les capacités visuelles des utilisateurs.

L'US Army croit au potentiel des jeux vidéo pour améliorer ses programmes d'entraînement, comme l'indique son investissement de 50 millions de dollars dans ces technologies, au sein du PEOSTRI (Program Executive Office for Simulation, Training & Instrumentation).

Manettes de combat

Au-delà de la simulation, l'industrie des jeux vidéo a également développé des systèmes de contrôle, les gamepads, qui bien que basiques, possèdent une certaine ergonomie. Plus important encore, ces périphériques de commande sont devenus de véritables standards, car ils sont employés quotidiennement par les soldats dans leurs divertissements.

L'omniprésence des gamepads et autres joysticks, des centres d'entraînement jusqu'aux FOBs, a été rapidement exploitée, notamment par l'US Army. Des gamepads commerciaux sont déjà employés pour contrôler de petits drones terrestres, comme le SUGV (Small Unmanned Ground Vehicle), l'imposant drone tout-terrain Crusher du DARPA, doté d'une mitrailleuse de calibre 50, ou encore le robot de déminage Packbot.

L'utilisation de manettes de jeu réduit le temps de formation des personnels, assure une prise en main très rapide des matériels et les soldats conservent leur dextérité grâce un "entraînement" quotidien au cours des temps de repos.

L'Armée de Terre emploie pour sa part des joysticks, notamment sur le tourelleau Kongsberg qui équipe depuis peu le VAB-TOP, ou pour le contrôle du drone DRAC.

03/04/2009

Hérisson et OSINT

© MoD 2009La DGA confirme le développement d'un démonstrateur technologique visant à la collecte d'informations numériques en sources ouvertes.

La récente médiatisation de l'appel d'offre (2007) de la DGA concernant le système HERISSON (Habile Extraction du Renseignement d'Intérêt Stratégique à partir de Sources Ouvertes Numérisées), a suscité des craintes, dont une comparaison entre le démonstrateur français et le réseau américain Echelon. Pour rappel, le réseau américain Echelon, chapeauté par la NSA, est un réseau global d'interception des communications, qui vise les données privées. Il comprend toutefois des systèmes de collecte d'informations en sources ouvertes.

Le programme HERISSON vise à la création d'une plate-forme intégrant de multiples outils de collecte de l'information, sur les réseaux ouverts, en exploitant les protocoles (HTTP, FTP, IRC, P2P, POP3) et formats de fichiers (texte, audio, vidéo) les plus courants. Le démonstrateur accédera aux contenus diffusés sur internet, mais également aux flux TV et radio, terrestres et satellitaires. Il permettra la reconnaissance des langues et l'analyse des images.

Une interview du porte-parole de la DGA précise que le système n'aura vocation qu'à exploiter des sources ouvertes. Un contrat a été accordé à EADS en 2008, et les sociétés Bull et Bertin participent au projet. Les services français emploient déjà des solutions commerciales pour la veille informationnelle et la collecte du renseignement d'origine sources ouvertes (ROSO), mais HERISSON constitue le premier programme français non-classifié de son genre. Le démonstrateur semble dédié au Ministère de la Défense et un éventuel partage avec le ministère de l'Intérieur n'est pas spécifié.

Le renseignement de sources ouvertes, OSINT ou ROSO, est une des sources les plus exploitées, mais également une des moins considérées par les services de renseignement. L'OSINT présente l'avantage de pouvoir être exploité et disséminé jusqu'aux plus bas niveaux de classification, favorisant une diffusion dans les ministères et les administrations, voire auprès du public. Le renseignement open source ne dispose historiquement que de peu de moyens dédiés, alors que la croissance constante de ses flux d'informations requiert des investissements technologiques conséquents, une mutualisation des moyens entre services et une concentration des efforts de collecte, de traitement et d'analyse.

Des le début des années 90, des membres éminents de l'Intelligence Community américaine, tels que l'Amiral Studeman, alertaient les services de renseignement et le gouvernement sur l'importance de développer les capacités du renseignement OSINT. Cette nécessité n'a été prise en compte que tardivement, après les attentats du 11 septembre 2001 et le lancement d'une réforme du renseignement US.

La principale initiative des Etats-Unis fut la transformation, en 2005, du FBIS (Foreign Broadcast Information Service) de la CIA, en une agence centrale chargée de la collecte du renseignement open source, l'OSC (Open Source Center), dont les données sont accessibles aux agences de renseignement, aux forces armées et aux administrations.

Les forces armées américaines ont également fourni des efforts importants afin d'intégrer le renseignement de sources ouvertes dans leurs unités. Plusieurs services dédiés à l'OSINT ont été créés dans dans les unités de renseignement militaire (MI), les efforts de collecte et d'analyse sont désormais coordonnés par l'intermédiaire du réseau IKN (Intelligence Knowledge Network) et l'US Army a lancé une campagne afin de sensibiliser les soldats à la collecte de renseignement. À cet effet, la bibliothèque du renseignement militaire (MI Library) de Fort Huachuca a été modernisée et offre un accès virtuel à ses données par deux réseaux, AKO (Army Knowledge Online) et Intelink-U (anciennement OSIS). Le programme WBIL (World Basic Information Library), visant à appuyer la collecte de renseignement open source, a été renforcé, en formant des soldats d'active et de réserve, à la collecte d'informations OSINT.

En France, aucun programme d'envergure en matière de renseignement open source n'a été annoncé. Le récent Livre Blanc ne propose pas d'effort particulier en matière d'exploitation des sources ouvertes, préférant mettre l'accent sur les sources humaines et les moyens spatiaux. En 2005, la DRM poursuivait un effort d'organisation afin de mieux exploiter les sources ouvertes, effort dont le programme HERISSON découle probablement. La DGSE semble se concentrer sur ce qu'elle considère être son coeur de métier, à savoir le renseignement humain, l'OSINT demeurant un complément.