29/12/2009

ZdI/AGS - IEDs exotiques

Les insurgés à travers le monde ont mis au point des engins explosifs improvisés (EEI/IED) de natures très diverses, de la roadside bomb la plus rudimentaire, à laquelle sont régulièrement confrontées les forces de l’ISAF, à d’autres formes plus exotiques d’IED qui ne sont pas encore très répandues en Afghanistan.



Mines à charge formée

Les EFP (Explosively Formed Penetrator) sont des IED de conception spécifique qui ont la particularité de pénétrer les blindages. Les EFP employés par les insurgés en Irak et en Afghanistan sont généralement composés d’un contenant métallique renfermant une charge explosive, surmonté d’un couvercle concave, principalement composé de cuivre. Lorsqu’il est détoné, l’engin explosif propulse le couvercle de cuivre à très grande vitesse. De plus, la chaleur de l’explosion entraîne la fusion du cuivre et la puissance des gaz déforme ce couvercle, le transformant en une véritable charge creuse à haute température, capable de transpercer un épais blindage. Cette charge creuse, qui équipe certains missiles antichars, doit être correctement dirigée vers la cible afin de l’endommager.

Les EFP sont généralement déposés au bord d’une route afin de transpercer les flancs d’un véhicule ou enterrés en affleurant à la surface du sol afin d’atteindre le véhicule par le dessous. Leur mise en œuvre ne leur permet donc pas d’être aussi bien dissimulés que d’autres IEDs plus profondément enterrés. D’autre part, la construction des EFP requiert des connaissances techniques et un assemblage de précision, afin de déterminer la quantité exacte d’explosif utilisée et de s’assurer du bon usinage du projectile de cuivre. Sur le théâtre irakien, les forces de la coalition ont déterminé que les EFP employés par les milices chiites étaient, pour une bonne part, construits dans des usines dédiées en Iran. Les insurgés afghans ne font pour l’instant qu’un usage limité des EFP en Afghanistan.




Daisy chains

Les IED sont parfois placés de manière atypique, afin de tromper, de désorienter et d’isoler les forces visées par l’attaque. C’est notamment le principe des charges combinées ou daisy chains, qui consiste à relier plusieurs charges explosives, afin d’augmenter leur effet de zone. Les daisy chains permettent notamment de couper une voie de communication en plusieurs points et de détruire simultanément plusieurs véhicules d’un même convoi. Les forces de la coalition déployées en Afghanistan font usage d’engins de déminage, chargés d’ouvrir des passages pour faciliter la progression des troupes et des véhicules, tels que le Souvim ou le char ABV Grizzly, qui s’est montré particulièrement efficace au cours de la récente opération Cobra’s Anger. Les daisy chains peuvent alors être exploitées par les insurgés afin d’endommager ces engins d’ouverture, en reliant une charge explosive sans détonateur à une seconde charge équipée d’un détonateur. L’engin roulera sans encombre sur la première charge, puis ses rouleaux déclencheront la seconde charge, entraînant l’explosion de la charge couplée qui explosera alors sous le véhicule.

IRAM, les IED-fusées

En 2008, au moins trois attaques ont été menées en Irak à l’aide d’engins baptisés IRAM (Improvised Rocket Assisted Mortar), des engins explosifs propulsés par des moteurs de roquettes. Plusieurs lanceurs ont été découverts par les forces américaines après les attaques, dissimulés dans des remorques de camions.



Chaque lanceur, un large tube métallique, contenait une charge explosive et plusieurs moteurs de roquettes de 107mm, utilisés pour propulser la charge hors du lanceur. Ces IRAMs employés par des groupes spéciaux de l’armée du Mahdi ont eu des effets mitigés sur leurs cibles, du fait de leurs réglages hasardeux. L’attaque sur la FOB Loyalty en avril 2008 a blessé 18 soldats et entraîné la mort de deux d’entre eux.

Sticky IED, les bombes-ventouses

Les attentats à la bombe-ventouse ou sticky-IED, ont connu une forte recrudescence en Irak, avec plus de 200 cas répertoriés en 2008. Ces bombes, généralement de petite taille, sont dotées d’une plaque magnétique ou d’une substance adhésive qui permet de les coller littéralement contre la cible. Les insurgés placent ces bombes directement sur le véhicule cible, lors d’une attaque rapide ou lorsque le véhicule est à l’arrêt, par exemple lors d’embouteillages en centre-ville. Certaines bombes, dotées d’un mécanisme à retardement ou déclenchées à distance, sont collées sur des véhicules civils qui seront amenés à se rendre à proximité d’une cible, telle qu’un véhicule de la coalition ou un checkpoint. Cette pratique permet aux insurgés de ne pas s’exposer directement et de rapprocher l’IED au plus près de la cible sans attirer l’attention des forces de sécurité, le conducteur ignorant qu’il transporte une bombe. Ces bombes peuvent également être fixées sur des camions transportant des matières dangereuses afin de maximiser leurs effets. Les sticky-bombs pouvant être placées directement contre la paroi d’un blindé, les dégâts engendrés par l’explosion tendent à être augmentés, en particulier lorsque la charge est collée contre un point faible du véhicule. À l’instar de certaines grenades magnétiques, les bombes-ventouses peuvent également être de petits EFP, dont la charge formée va directement perforer le blindage de la cible.

Les VBIED atypiques

Les VBIED (Vehicle Born Improvised Explosive Device), généralement des voitures piégées ou des véhicules kamikazes, sont assez répandus en Afghanistan comme en Irak. Il existe toutefois d’autres types de VBIED moins courants, mais tout aussi dangereux. Les tigres tamouls (LTTE), qui réclament la paternité de la ceinture d’explosifs et de la bombe pot de fleurs, sont tristement célèbres pour leurs nombreux attentats, notamment ceux perpétrés en piégeant des bus. Ils ont également mis en œuvre des VBIEDs peu communs, tels que le vélo piégé, avec une bombe dissimulée dans un boîte de crème glacée ou une moto bardée d’IEDs. En février 2009, la composante aérienne du LTTE, baptisée Air Tigers, a mené une attaque sur la capitale srilankaise qui visait à propulser deux avions légers bourrés d’explosifs contre des buildings, à l’image du 11 septembre. Les deux monomoteurs des tigres tamouls furent abattus par la DCA de l’armée régulière, mais l’un d’eux réussit à s’écraser contre un immeuble de quinze étages, faisant deux morts et une cinquantaine de blessés.

Première publication sur AGS (alliancegeostrategique.org) le 29 décembre 2009

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