22/11/2009

L'Afghanistan et ses minerais stratégiques

Dans un contexte de concurrence internationale sur les minerais stratégiques, le sous-sol afghan suscite l'intérêt des grands pays industriels.

Les minerais considérés comme stratégiques, sont les minerais dont une nation a un besoin essentiel, à des fins industrielles ou de production énergétique et qui peuvent difficilement être remplacés par d'autres matériaux dans leurs applications respectives. Leur importance est accrue lorsqu'une nation s'approvisionne en ces minerais principalement par l'importation, du fait de leur rareté sur son territoire ou des obstacles, notamment écologiques ou économiques, qui entravent leur extraction.

Pour exemple, le zinc, le cobalt, le chrome, le nickel et le manganèse, sont essentiels dans la production métallurgique et dans les industries d'intérêt stratégique, telles que l'aéronautique ou la défense. D'autres minerais, comme le coltan, l'or ou le cuivre, ne peuvent être remplacés dans la production de composants électroniques. L'uranium et le charbon ont pour leur part un rôle majeur dans la production d'énergie mondiale.

Les gisements exploitables de certains de ces minerais sont concentrés dans quelques régions du monde, dont certaines connaissent une forte instabilité. Cette situation impose donc aux pays industriels d'être présents dans ces régions, sur les plans industriel, diplomatique et sécuritaire. La fin de la guerre froide, marquée par l'écoulement des réserves minérales stratégiques mises en place par les pays industrialisés et l'arrivée de nouveaux acteurs industriels, notamment la Chine, ont instauré une forte concurrence sur l'appropriation des gisements.

C'est dans ce contexte que les prospecteurs ont réinvesti l'Afghanistan depuis l'instauration du gouvernement Karzaï en 2001, avec la présence de deux acteurs principaux que sont les USA et la Chine. L'exploitation des ressources minérales du pays est contrôlée par le ministère afghan des mines, sous l'autorité du ministre Mohammad Ibrahim Adel, un proche d'Hamid Karzai. Si des gisements de charbon, de fer (gisements des provinces de Bamyan et Baghlan), de cuivre (provinces de Kaboul, Logar, Kandahar, Zaboul et Herat) et d'or (province de Badakhshan), sont connus et exploités depuis des décennies par la population afghane, l'étendue des ressources minières est longtemps demeurée incertaine.

C'est pour palier à cette méconnaissance du sous-sol afghan que les USA ont lancé une véritable opération civilo-militaire, visant à localiser et identifier les ressources minérales d'Afghanistan. Cette mission lancée dès 2005, menée conjointement par l'USGS (US Geological Survey), le DoD Reconstruction Office et le US Navy NRL (Naval Research Laboratory), a permis d'effectuer des relevés géologiques rendant possible une évaluation de l'état des ressources minières afghanes. Le Pentagone a mobilisé d'importants moyens afin d'effectuer ces relevés, notamment un P-3 Orion modifié par Lockheed (NP-3D), emportant un magnétomètre, un gravimètre, un radar à synthèse d'ouverture (SAR), un capteur d'imagerie hyperspectral et un capteur optronique. L'US Air Force aurait également déployé un WB-57 modifié au cours de cette mission géologique, mais cette information n'est pas confirmée.

© USGS
Les conclusions préliminaires présentées au terme de cette campagne de relevés ne manquent pas d'intérêt en matière de prospection en Afghanistan. Selon l'USGS, le sous-sol afghan pourrait contenir plusieurs gisements substantiels de minerais stratégiques, notamment de cobalt, chrome, mica, bauxite, zinc, beryllium et lithium. Les gisements de la vallée d'Aynak, dans lesquels a fortement investi la Chine, pourraient contenir 17 millions de tonnes de cuivre et 600 000 tonnes de cobalt. Les gisements de plomb et de zinc, sont évalués à 244 000 tonnes de minerais mélangés. D'importants gisements de chromite seraient présents dans le sous-sol des provinces de Logar et de Khost. L'Afghanistan possède également des ressources importantes en pierres précieuses et semi-précieuses, telles que les rubis, les saphirs, les émeraudes et les lapis-lazuli.

Ces précieux gisements font d'ores et déjà l'objet d'une féroce concurrence des compagnies minières occidentales et asiatiques, concurrence à laquelle la corruption de fonctionnaires ne semble pas étrangère. Le gisement de cuivre d'Aynak, le plus important d'Afghanistan par sa taille, mais également un des plus accessibles, aurait fait l'objet d'un pot-de-vin chinois de plusieurs millions de dollars au ministre afghan chargé des mines, afin de s'assurer que le projet d'exploitation de la compagnie chinoise MCC soit retenu.

En Afghanistan comme dans le reste du monde, la compétition internationale pour les matières premières stratégiques bat son plein, avec des politiques offensives en matière d'exploitation et d'approvisionnement, menées par les puissances industrielles que sont les USA, le Canada, le Brésil, la Russie, la Chine, l'Inde et le Japon. En Europe, le sujet des approvisionnements en minerais stratégiques est généralement traité au second plan, sans réelle coordination, une situation dont s'inquiétait en 2007, Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, lors des auditions du LBSDN. Selon elle, "[...] nous sommes dans le domaine des matières premières stratégiques dans la même situation où nous étions pour l’énergie cinq ans auparavant. À cette époque-là, très peu de gens étaient convaincus que la question de l’énergie était essentielle.". Elle concluait sur la question des matières premières stratégiques: "Nous sommes au cœur d’une évolution extrêmement importante et qui n’est pas du tout analysée en Europe. Je crains que nous nous réveillions avec des conséquences fortes sur le tissu industriel et sur les coûts.".

Sources: USGS, LBSDN

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