26/06/2009

Logistique en Afghanistan: les puissances voisines sur la brèche

Alors que demeurent les difficultés d'approvisionnement de la coalition en Afghanistan, la Russie, l'Inde et la Chine ne veulent pas perdre leur influence.

Les dernières semaines ont vu plusieurs développements dans le défi que représente la logistique afghane, avec notamment un nouvel accord pour le maintien de la base logistique de Manas, au profit des Américains et de l'ISAF.

Cet accord âprement négocié verra un gros chèque signé par le gouvernement américain à destination du Kirghizistan; 60 millions de dollars annuels (+234%) pour l'utilisation de la base de Manas, 66 millions de dollars pour la rénovation des infrastructures, 21 millions de dollars pour la lutte contre le trafic de drogue et 10 millions de dollars pour la lutte contre le terrorisme. En plus de cette note salée, la Russie, qui est partie prenante dans ce dossier, a du être consultée et a fini par donner son approbation. Toutefois, cet accord ne permettra, selon les termes de Moscou "que le transit de cargaisons non-létales".

Comme le montre l'exemple russe, les puissances régionales ne souhaitent pas être écartées de l'enjeu afghan et exploitent les voies logistiques afin de peser face aux Etats-Unis et aux pays membres de la coalition. La semaine dernière, l'Inde a fait savoir que les vols logistiques au-dessus de son territoire devaient se faire dans les règles, en intimant l'ordre à un An-124 transportant des munitions pour l'OTAN d'atterrir à l'aéroport de Mumbai.

Cet appareil Antonov loué par la coalition à une société privée russe, avait décollé de la base américaine de Diego Garcia à destination de Kandahar, traversant l'espace aérien indien. Afin de gagner du temps, le transporteur n'avait pas demandé d'autorisation pour le transport de cargaisons militaires à l'Inde, mais trahi par son identifiant radio REACH, qui est attribué aux vols de l'American Mobility Command, le contrôle aérien indien lui a ordonné de se poser pour mener des procédures de contrôle et de vérification. Une fois au sol, l'appareil a subi une fouille complète de l'Intelligence Bureau, avant de pouvoir recevoir une autorisation du ministère des affaires extérieurs (MEA) afin de reprendre son vol.

Des partenariats d'assistance sont mis en œuvre par les puissances voisines de l'Afghanistan, l'un d'eux réuni la Russie, le Pakistan et l'Afghanistan, avec une récente réunion trilatérale à Ekaterinbourg, annonçant des efforts conjoints pour lutter contre le terrorisme, se dirigeant vers un "mécanisme de travail" commun, mais sans indiquer de mesures concrètes. La Russie participe déjà à l'effort logistique pour les opérations de l'OTAN en permettant le transit par voie ferrée de cargaisons non militaires à travers son territoire, depuis la Lettonie. Le nouvel accord de Manas ayant été signé à des conditions similaires, la Russie ne facilite clairement pas l'approvisionnement en matériels militaires et munitions.

La Chine a pour sa part signé un accord avec le Pakistan, visant à renforcer ses forces de sécurité dans la lutte contre le terrorisme, en lui attribuant une aide de 280 millions de dollars, principalement en matériels et en équipements électroniques. Le gouvernement chinois semble également avoir modifié sensiblement sa position concernant le conflit en Afghanistan, faisant évoluer son discours officiel d'un "soutien à la reconstruction pacifique" du pays, à la reconnaissance de l'enjeu de sécurité régionale que représente le conflit et de la nécessité de renforcer les institution afghanes dans leur combat contre le terrorisme. Cette nouvelle position adoptée par la SCO et signée par la Chine, rappelle également l'importance du travail mené par l'ISAF en Afghanistan.

Corridor de Wakhan - WikimediaL'affirmation par la Chine de la menace régionale que représente l'instabilité de l'AfPak, pourrait se traduire par une coopération avec le gouvernement Karzaï en matière logistique. En effet, des négociations initiées par Kaboul sont en cours entre les deux pays et traitent notamment d'une possible ouverture du corridor montagneux de Wakhan, une zone frontalière reliant le nord-est de l'Afghanistan à la Chine. Néanmoins, les Chinois ne semblent pas très enthousiastes à cette idée et il n'est pas certain que l'OTAN souhaite remettre une de ses voies logistiques entre les mains de Pékin.

Edit: Ne pas manquer le billet d'EGEA sur la "récupération" de la base de Manas et la stratégie régionale des Etats-Unis, qui apporte son éclairage et de bonnes références sur ce thème.

4 commentaires:

  1. TB billet, que je mets en référence sur le mien (http://www.egeablog.net/dotclear/index.php?post/2009/06/25/Les-soucis-du-p%C3%A9sident-Obama%2C-et-l-aspirine-kirghize) car ils se complètent.
    Encouragements,
    O Kempf

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  2. Merci encore.

    J'ajoute une référence à votre billet qui offre, comme toujours, une très bonne mise en contexte.

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  3. Je signale juste une faute de frappe :

    La Russie participe déjà à l'effort logistique pour les opérations de l'OTAN en permettant le transit par voie ferrée de cargaisons non militaires à travers '''sont''' territoire,

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  4. C'est corrigé.

    Merci pour votre vigilance.

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