24/03/2009

Services français et turcs protègent la diaspora tchétchène

Une réunion discrète aurait eu lieu à Istanbul entre services de renseignement français et turcs (MIT - Milli İstihbarat Teşkilatı), concernant les récents assassinats perpétrés contre des Tchétchènes en Europe.

Selon le juge Philippe Dorcet, interrogé par le quotidien turc Sabah, la DGSE aurait réuni des informations sur des projets d'assassinats visant des Tchétchènes en France, amenant les services français à lancer une investigation discrète. Une cellule d'enquête spéciale aurait été créée afin d'assurer la protection des Tchétchènes vivant sur le territoire français.

Les meurtres de Tchétchènes commis sur le territoire turc, seraient étudiés en détail par la justice française et la piste russe serait pour l'instant privilégiée.

Trois Tchétchènes, considérés proches des mouvements séparatistes, on été tués par balles en Turquie au cours des six derniers mois. Le mode opératoire et l'armement employé pour ces assassinats, renforcent les soupçons contre les services spéciaux russes.

2 commentaires:

  1. Bonjour, je travaille sur la diaspora caucasienne en France et votre post m'a beaucoup intéressé. Pouvez-vous en dire un peu plus ? Comment les services secrets comptent-ils concrètement protéger les réfugiés tchétchènes ? Il me semble que l'un d'entre eux a été assassiné récemment en Autriche alors qu'il se savait menacé et qu'il était "sous protection". Puis-je vous citer dans mon mémoire (et si oui sous quel nom etc...)Enfin, avez-vous des informations sur l'influence politique de la diaspora tchétchène...et surtout pourquoi veut-on les protéger ? Le fait que certains d'entre eux soient en danger n'es pas une raison suffisante...
    Merci d'avance pour vos réponses...
    K.

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  2. Je ne suis pas expert des affaires tchétchènes, mais je vais tenter de répondre avec ce que j'ai pu lire sur le sujet ces dernières années.

    Les assassinats qui ont lieu à travers le monde concernent majoritairement, pour ce que j'en ai lu, des membres influents (high-profile) de la communauté tchétchène, a priori impliqués dans la vie politique du Caucase ou dans différentes formes d'activisme. On trouve parmi ces victimes des membres de l'appareil militaire séparatiste ou des opposants politiques au régime Kadyrov.

    Islam Canibekov et Gazhi Edilsultanov, tous deux anciens commandants des forces séparatistes tchétchènes, ont été tués à Istanbul en 2008. Ces meurtres ont été reliés aux collectes de fonds menées par les deux hommes pour soutenir les séparatistes. Toutefois, l'armement exotique employé lors des meurtres (des pistolets conçus pour le KGB tirant des balles de 7.62x39mm similaires à celles des AK47) laisse planer le doute .

    Plus récemment, Sulim Yamadaev, ancien rebelle ayant rejoint le camp pro-Moscou au cours de la guerre de 1999, a été assassiné à Dubai. Il a commandé le bataillon Vostok, une unité de "forces spéciales" à la réputation sulfureuse et qui aurait été déployée en Géorgie. Il a été démis de ses fonctions après avoir été accusé du meurtre d'un homme d'affaire tchétchène. Cette sanction serait également liée à des accrochages entre les forces de sécurité de Kadyrov et la milice de Yamadaev. La police de Dubai a mis en cause un député Russe, Adam Delimkhanov, cousin de Kadyrov, pour avoir commandité ce meurtre.

    Il est difficile d'établir les causes de ces assassinats ou leur véritables commanditaires, les différentes pistes soulevées sont les règlements de compte au sein de cercles activistes, politiques ou mafieux, des assassinats commandités par le régime Kadyrov, voire des opérations des services secrets russes. Ces attaques ciblées ne semblent pas viser toute la diaspora tchétchène, mais seulement des membres influents des cercles politiques ou séparatistes.

    On peut supposer que la France ne souhaite pas servir de terrain de jeu pour des règlements de compte et que ses services cherchent à se renseigner sur les assassinats ayant eu lieu à l'étranger, afin de les éviter sur son territoire. Les services de police et la DCRI peuvent, s'ils le jugent nécessaire, mettre en œuvre un dispositif de protection d'individus menacés (de policiers en civil, à la présence du RAID), ou surveiller discrètement des membres de la communauté tchétchène.

    Concernant un agenda de la France au-delà de la protection des résidents tchétchènes et du maintien de l'ordre public, on entre dans les supputations. On peut supposer que cette coopération avec les services turcs permet aux Français de compléter leur image globale des jeux d'influences dans le Caucase, voire de se ménager une marge de manœuvre dans certains domaines (antiterrorisme, relations avec Moscou et les différentes factions en présence, etc.).

    Vous pouvez citer cet article en faisant référence à Zone d'Intérêt, dans le cadre d'une utilisation non-commerciale. Vous pouvez également me contacter par mail (cf. profil) si vous avez d'autres questions.

    Merci.

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