20/03/2009

Défis logistiques en Afghanistan

Flickr: lafranceviLa protection des flux logistiques en Afghanistan est un des points-clés pour les opérations de l'ISAF en Afghanistan. La coalition compose avec les contraintes géographiques du pays depuis le début de son intervention et fait désormais face à une recrudescence des attaques sur ses voies d'approvisionnement.

L'approvisionnement des forces OTAN de l'ISAF et OEF (Operation Enduring Freedom) en Afghanistan, s'articule autour de deux hubs logistiques majeurs que sont les bases aériennes de Bagram (région de Kaboul) et Kandahar (province de Helmand). Deux autres FSB (Forward Supply Base) importantes servent à centraliser les ressources logistiques, Mazar-e-Sharif au Nord et Herat à l'Ouest.

L'Afghanistan, pays peu pourvu en routes goudronnées et couvert de montagnes, ne possède que quelques voies transfontalières capables de supporter un trafic intense. Les axes fer/route Quetta - Chaman - Kandahar et Peshawar - Jalalabad - Kaboul, constituent les deux MSR essentielles pour l'approvisionnement de l'OTAN, en permettant l'acheminement des ressources et matériels depuis le port pakistanais de Karachi.

L'approvisionnement des forces se fait également par voie aérienne, grâce à des bases-relais en Asie Centrale. La base de Manas toute proche de Bichkek au Kirghizistan, est employée par l'USAF comme hub logistique, mais également pour mener ses missions de ravitaillement en vol. Cette base est au coeur d'une intense controverse entre le Kirghizistan, les Etats-Unis et la Russie, et l'US Air Force pourrait être amenée à quitter cette implantation, si un accord n'est pas trouvé.

L'aéroport de Douchanbé au Tadjikistan sert de base logistique à l'ISAF. Elle a accueilli l'appui aérien français de 2004 à 2007, avant son transfert à Kandahar. Interrogé sur la possibilité de voir Douchanbé accueillir une base aérienne comparable à celle de Manas, l'attaché militaire de la France au Tadjikistan a affirmé que l'aéroport ne permettrait pas de recevoir un contingent plus important.

À la menace qui pèse sur la base de Manas, s'ajoutent les attaques récurrentes sur la passe de Khyber, point de passage clé sur l'axe terrestre Peshawar - Kaboul. La concession par le gouvernement pakistanais d'un sanctuaire pour les combattants taliban, à moins de 100km de Peshawar, renforce encore cette menace. L'OTAN et les Etats-Unis examinent donc toutes les voies d'acheminement alternatives en exploitant les grandes routes d'Asie centrale.

Un des passages actuellement à l'étude, traverserait la Mer Noire depuis l'Europe, puis la Géorgie et l'Azerbaïdjan par fer et par route jusqu'au port de Bakou. Après la traversée de la Mer Caspienne, les chargements seraient acheminés à travers le Turkménistan, en exploitant ses voies ferrées. Pour finir, ils seraient transportés jusqu'à Herat en entrant sur le territoire afghan par la ville de Kushka et vers Mazar-e-Sharif par Termez, en Ouzbékistan.

Les Etats-Unis mènent actuellement des négociations avec l'Azerbaidjan, la Turquie et la Géorgie concernant cette nouvelle voie d'approvisionnement. La Russie qui souhaiterait voir la base américaine de Manas disparaître, a offert à l'OTAN de faire transiter l'équipement militaire destiné à l'Afghanistan par son territoire.

Un itinéraire logistique ferroviaire est désormais exploité par les USA, depuis la Lettonie, à travers la Russie, le Kazakhstan et l'Ouzbékistan. Les marchandises sont transportées directement depuis Termez vers Mazar-e-Sharif ou par un deuxième point d'entrée via le Tadjikistan. Le projet de voie ferrée reliant Termez à Mazar-e-Sharif pourrait être réactivé pour éviter les déchargements en Ouzbékistan.

Le Turkmenistan a annoncé qu'il ouvrait son espace aérien aux vols logistiques de l'OTAN vers l'Afghanistan, pour ses équipements non-militaires. L'Arménie, quant à elle, a formulé le souhait d'assister l'OTAN dans le transport de ses cargaisons militaires vers l'Afghanistan.

Un autre projet de routage emploierait les routes iraniennes depuis le port de Chahbahar jusqu' à la ville frontalière de Zaranj et la toute récente route vers Delaram, construite par l'Inde. Le Pentagone a rappelé à ce sujet que le passage par le territoire iranien demeure pour l'instant un no-go stratégique.

Une coalition gourmande en carburants

Les carburants représentent une part très importante des besoins logistiques et sont essentiels pour les opérations OTAN en Afghanistan. La majorité des activités opérationnelles nécessitent du carburant, qu'il s'agisse du transport des troupes, de la production électrique pour les équipements militaires, de l'appui aérien ou des transports logistiques. La composante air demeure toutefois la plus consommatrice, représentant environ la moitié des besoins en carburants.

La consommation en carburants des forces américaines déployées en Afghanistan était estimée à 16 000 barils/jour en 2006. Les deux tiers de ces carburants sont transportés depuis des raffineries pakistanaises vers les bases de Kaboul et Kandahar. Le reste des carburants consommés proviendrait du Turkménistan et d'Ouzbékistan.

La France occupe plusieurs postes clés dans la gestion des carburants pour la coalition, puisqu'elle a la charge à travers le SEA (Service des Essences des Armées) de l'exploitation du dépôt de carburants situé sur l'aéroport de Kaboul (KAIA) et du ravitaillement du Camp Warehouse. Les forces américaines et l'ANA ont inauguré en février un nouveau dépôt de carburants à Kaboul, ce qui devrait permettre d'augmenter les capacités de stockage et de faciliter les opérations de ravitaillement.

Des convois logistiques exposés aux attaques

L'appui logistique est confronté à plusieurs difficultés qui se combinent: l'insuffisance des moyens militaires terrestres pour transporter la totalité des cargaisons, les difficultés géographiques qui entravent l'accessibilité aux FOBs et le harcèlement des insurgés qui visent les convois de ravitaillement.

Les convois terrestres de l'OTAN qui approvisionnent les FOBs, sont parmi les cibles privilégiées des insurgés. Les taliban ont perfectionné leurs tactiques pour fixer et détruire ces convois logistiques, notamment en employant des IEDs déclenchés par plaques de pression ou en concentrant leurs tirs de RPG sur un véhicule unique.

Pour soulager les unités logistiques d'une partie de leur charge, les transports des marchandises les moins sensibles sont sous-traités à des conducteurs afghans et pakistanais, qui acheminent les cargaisons entre les principales bases, à bord de leurs jingle-trucks, ces camions bariolés qui parcourent le pays. Ces transporteurs civils ne sont pas immunisés contre les attaques des coupeurs de routes et des insurgés, ce qui entraîne le vol ou la destruction de certaines cargaisons.

Le ravitaillement des FOBs les moins accessibles se fait par moyens aéroportés, dans des conditions techniques et sécuritaires périlleuses. Les hélicoptères de transport sont souvent exposés à des attaques et requièrent une protection par des hélicoptères de combat. Le recours constant aux moyens aériens dans ces missions logistiques occasionne un stress sur les appareils, ainsi qu'une lourde charge pour les équipages et les personnels de maintenance.

Face à la recrudescence des menaces sur ses approvisionnement et dans l'hypothèse d'une montée en puissance de ses opérations, l'OTAN doit impérativement soutenir sa composante logistique en Afghanistan, en diversifiant ses voies d'approvisionnement, en améliorant la sécurité de ses convois et en renforçant ses moyens dédiés aux missions logistiques.

1 commentaire:

  1. Aspect peu relaté par les médias, la logistique d'un corps expéditionnaire est faite d'explois au quotidien, surtout dans ce pays enclavé entouré d'états pas tellement amicaux.

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