12/02/2009

Les OPEX européennes se dégonflent

Eufor - hdptcar.netPlusieurs pays européens, parmi lesquels la France, l'Italie et la Pologne ont choisi de réduire leurs OPEX pour soulager leurs budgets nationaux.

Le Premier ministre Fillon a annoncé fin janvier le retrait d'au moins 2 000 hommes de Côte-d'Ivoire et du Tchad. La marine nationale se retirera également de la composante maritime de la Finul (TF 448), afin de remplir d'autres missions, notamment la surveillance côtière de Gaza.

L'Italie devrait retirer son contingent déployé au Tchad et réduire sa présence dans les Balkans. Ces retraits devraient toutefois s'accompagner du renforcement de la présence italienne en Afghanistan, par l'envoi d'environ 800 hommes.

La Pologne pourrait quant à elle interrompre ses opérations au Liban, au Tchad et sur le plateau du Golan. Cette décision intervient alors que le gouvernement polonais a l'intention de réduire son budget de défense de 56 millions de dollars cette année.

Le gouvernement tchèque avait également envisagé de réduire ses contingents en Afghanistan et Kosovo, suite à une joute parlementaire avec l'opposition, avant de se raviser.

En observant les différentes opérations concernées, la justification stratégique de ces retraits, autre que budgétaire, n'est pas forcément évidente. Lire la suite >>

Au Tchad, la France est déployée dans le cadre du dispositif Epervier (1 150 hommes) et du contingent européen EUFOR Tchad/RCA (1 850 hommes sur les deux pays). L'Italie y a déployé environ 130 personnels dans le cadre des missions EUFOR et UNAMID. Quant à la Pologne, c'est environ 400 de ses militaires qui y sont déployés.

La mission EUFOR Tchad/RCA, dont souhaitent partiellement se désengager ces trois pays, n'a atteint sa masse critique (Full Operational Capacity), que le 15 septembre 2008 avec un déploiement total de 3 200 personnels. Cette force européenne, soutenue par la résolution 1778 de l'ONU, a pour but la protection des civils, le maintien de la sécurité et l'assistance humanitaire.

Bien que sa durée officielle ne soit que d'un an, le désengagement des européens portera un coup dur à l'opération et au rôle de mentors qu'ils devaient jouer au moment de l'arrivée des forces de l'ONU. Leur présence à proximité directe du sud-Soudan et du Darfour n'était pas anodine, comme l'a illustré l'accrochage violent avec les forces soudanaises, qui a coûté la vie à un sous-officier français en mars 2008.

En Côte d'Ivoire, la France maintient un contingent de 200 hommes au sein de la mission ONUCI et de 1 800 hommes dans le cadre de la Force Licorne. Le dispositif Licorne a pour but d'appuyer la mission ONU en Côte d'Ivoire et d'assurer la protection des expatriés. L' ONUCI, issue de la résolution 1584, dont le mandat a été renouvelé à de nombreuses reprises depuis 2004, a pour mission (entre autres attributions) la surveillance du cessez-le-feu en cours, le désarmement des milices, la défense des droits de l'homme et la protection du gouvernement. La France considère que la situation de sécurité ne nécessite plus la présence d'un tel contingent et retirera 1 100 de ses hommes, dont la totalité des forces attribuées officiellement à l'ONUCI.

La stabilité de la Côte d'Ivoire n'est pas garantie et bien que la France conserve 900 personnels sur place pour maintenir ses bases et faciliter l'arrivée d'une force française en cas de reprise des violences, sa présence sera de fait moins dissuasive.

Les dispositifs Epervier et Licorne censés protéger la souveraineté du Tchad et de la Côte d'Ivoire, ont été critiqués comme une forme d'ingérence et relèvent pour certains d'un vestige de l'ancienne politique africaine de la France. Le dégraissage de ces deux contingents peut donc être associé à une volonté de Paris de "réviser" les engagement français en Afrique, sous l'impulsion de Nicolas Sarkozy. La menace de fermeture qui pèse sur les bases françaises au Gabon et au Sénégal, entre dans une logique similaire de désengagement.

Les retraits des théâtres africains peuvent également indiquer une volonté de rappeler des personnels aguerris, pour préparer un renforcement en Afghanistan, que la France affirme ne toujours pas envisager, mais que l'OTAN appelle de ses voeux.

L'interruption d'une OPEX ou le retrait d'une partie des forces engagées, devraient, dans la mesure du possible, être conditionnés par l'atteinte des objectifs fixés par le mandat opérationnel ou par une décision politique forte.

L'angle principalement budgétaire choisi par le gouvernement pour justifier ces retraits semble un peu pauvre, particulièrement en ce qui concerne les missions votées par le conseil de sécurité. La France a en effet tendance à les considérer comme les seules interventions militaires responsables, alors qu'elle condamne généralement les opérations lancées hors du cadre de l'ONU.

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