19/02/2009

Double-jeu pakistanais

2006 - Flickr: TravlrLe gouvernement pakistanais signe un accord avec les Taliban, tout en réaffirmant sa collaboration avec les Etats-Unis.

Le gouvernement pakistanais a annoncé en début de semaine un accord instaurant la loi islamique dans la division administrative de Malakand (districts de Malakand, Swat, Chitral, Buner, Dir et Shangla). Cette région de la zone frontalière Nord-Ouest (NWFP), située à environ 150km d'Islamabad est largement contrôlée par les Taliban. Cet accord qui a été trouvé après des négociations entre le gouvernement central et les représentants des radicaux islamistes, inclut la mise en oeuvre d'un cessez-le-feu.

L'administration Zardari a justifié cette décision comme une réponse à la volonté populaire exprimée dans cette région et affirme que l'armée pakistanaise ne s'opposera plus aux forces tribales présentes dans la région, sauf en cas d'attaque. L'accord pourrait bien offrir un sanctuaire aux insurgés qui combattent en Afghanistan et qui sont les cibles des attaques américaines dans les zones tribales frontalières (FATA).

Alors que cette concession majeure est faite aux insurgés, les bombardements américains par drones se poursuivent sur les zones tribales pakistanaises. Le Pakistan s'était opposé officiellement à ces bombardements et avait fermé temporairement le poste frontière de Torkham dans la passe de Khyber, qui voit transiter environ 70% de l'approvisionnement des forces de l'ISAF et OEF en Afghanistan.

Pourtant, l'armée Pakistanaise combat elle aussi les insurgés dans les FATA, avec parfois le soutien de milices locales, laissant les places fortes des Taliban aux américains et à leurs moyens aériens. Le Pakistan accueillerait même sur ses bases des drones d'attaque américains Predator, qui sont employés pour mener des attaques ciblées contre les insurgés.

Au cours du mois de février, le général Ashfaq Parvez Kayani, chef de l'armée pakistanaise et ancien patron de l'ISI, devrait se rendre aux Etats-Unis pour marquer la continuité de la coopération militaire entre les deux pays. Il devrait notamment y rencontrer Robert Gates et le général Petraeus.

Les positions du général Kayani qui oscillent entre soutien à l'alliance stratégique USA-Pakistan et dénonciation des intrusions américaines sur le territoire pakistanais, reflètent bien le double-jeu du Pakistan, entre guerre contre son insurrection domestique et concessions aux extrémistes.

À lire sur ce sujet: Philipe Raggi - Le grand jeu de l'ISI [1] [2], Alain Rodier - Rôle réel de l'ISI.

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